GO
GO

La bronchopneumonie bovine

Dernière mise à jour le 11/04/2013

1. Introduction

Les bronchopneumonies bovines sont un ensemble de maladies multifactorielles fréquentes en élevage. On utilise le terme " multifactoriel" car plusieurs facteurs entrent en jeu : les conditions de vie de l'animal, les défenses immunitaires, le stress et enfin les différents pathogènes que nous allons passer en revue. En fonction de l'âge de l'animal, on parlera de BPIE (bronchopneumonie infectieuse enzootique) pour les jeunes animaux à l'étable et de "shipping fever" pour les animaux plus âgés à l'engraissement (souvent quelques semaines après la mise en lot). C'est une pathologie qui a un impact économique et clinique important dans nos exploitations. Avec l'aide de votre vétérinaire, il est possible d'améliorer la situation.

2. Maladies infectieuses

Les différents agents pathogènes que l'on rencontre dans ces maladies sont opportunistes. Ils profitent de la baisse de l'état général de l'animal due à différents types de stress ou à une malnutrition protéo-calorique envahissant le tractus respiratoire.

a) virus

Brsv: le virus syncitial bovin est un paramyxovirus. Il tient son nom de sa pathogénie. Il détruit les cellules en les fusionnant. La durée d'incubation est de 2 à 10 jours. La première infection par ce virus provoque une bronchopneumonie sévère mais l'immunité se mettant progressivement en place, les infections suivantes seront moins importantes. C'est un agent fréquent de BPIE.

Pi3: Il s'agit également d'un paramyxovirus. Il ne provoque que des infections subcliniques ou relativement bénignes. Mais le principal risque est qu'il "prépare le terrain" aux infections bactériennes

BVD: le rôle du bvd dans les pathologies respiratoires ne fait pas consensus mais il semblerait qu'il provoque une immunodépression permettant le développement d'un autre agent pathogène.

Autres virus: on peut retrouver de manière anecdotique d'autres virus

 b) Bactéries

 

Pasteurella: Mannheimia haemolytica et Histophilus somni se retrouvent dans les voies respiratoires supérieures des bovins en bonne santé. Ils ne causent pas de soucis mais suite à un stress ou à une infection virale, ils peuvent coloniser les poumons et s'y développer, provoquant pour M. haemolytica la production de toxines qui créent des lésions au niveau des poumons

Mycoplasma: l'incidence des bpie à mycoplasmes est grandissante. M. bovis est résistant à beaucoup d'antibiotiques et induit un risque de rechutes après un traitement. Souvent les mycoplasmoses sont associés à d'autres signes cliniques comme de l'arthrite

3. Diagnostic et symptômes

Le diagnostic est relativement facile à poser : Les animaux souffrent de toux, sont abattus et mangent moins. Ils peuvent également présenter des écoulements nasals muqueux ou purulents. Dans les cas les plus graves, les difficultés respiratoires peuvent être relativement importantes.

Des tests à faire directement au chevet de l'animal commencent à se développer comme c'est déjà le cas avec les diarrhées néonatales. Ceux-ci permettent de discerner l'agent pathogène en cause et d'affiner le traitement ou la prophylaxie.

4. Traitement

Il existe 4 stades dans le syndrome. Selon le stade, le traitement peut varier. Au moindre doute n'hésitez pas à consulter votre vétérinaire.

a) vaccination

Il existe plusieurs vaccins disponibles en Belgique, chacun avec une combinaison de pathogènes différentes. Il est donc important de choisir le bon vaccin selon les virus ou bactéries retrouvés dans l'exploitation. Les vaccins se présentent sous forme injectables ou sous forme intra-nasales. La forme intra-nasale est particulièrement intéressante chez les jeunes animaux qui possèdent encore les anticorps colostraux de la mère. Un vaccin injectable est moins efficace en dessous de trois mois et sera accompagné si nécessaire d'un rappel après 30 jours. De plus les vaccins ont une durée d'immunité souvent inférieure à un an. Il faut donc réaliser la vaccination au moment où le risque est le plus important, c'est à dire pour les maladies respiratoires, avant l'automne ou l'hiver.

Il faut deux semaines pour que l'immunité se mette en place. Il faut donc vacciner 15 jours avant la période à risque et, évidemment, vacciner tout le troupeau.

b) métaphylaxie
La métaphylaxie correspond au traitement des animaux d'un lot dans lequel se trouvent des malades et qui, à très court terme, présenteraient une maladie dont on connaît l'évolution et les conséquences si aucun traitement n'est entrepris. Elle doit donc être réfléchie et entreprise avec votre vétérinaire pour éviter l'apparition de résistances aux antibiotiques.
Elle peut faire appel à des antibiotiques et anti-inflammatoires à longue action.

L'idée est donc de traiter tous les animaux dès l'apparition de symptômes chez un seul des animaux.

c) curatif
Deux buts sont poursuivis en curatif: empêcher une surinfection bactérienne, et améliorer l'état général de l'animal pour faciliter sa guérison.

1. Antibiothérapie: Pour empêcher la surinfection
2. Anti-inflammatoire: abaisse la température et décongestionne les voies respiratoires.
3. tonicardiaques et diurétiques: sur les animaux ayant beaucoup de mal à respirer.
4. Corticoïde: les corticoïdes sont surtout utiles pour leur effet flash. A plus long terme, les AINS sont plus utiles.

d) prévention

1. Séparer les animaux de classes d'âge différentes: avec l'âge, les animaux peuvent devenir plus résistants à certains germes. Mais ils peuvent toujours contaminer les plus jeunes.

2. Prévoir une quarantaine lors de l'achat des animaux

3. Effectuer une transition alimentaire lors de changement d'exploitation. Préférer le foin dans un premier temps et ensuite seulement insérer dans la ration les concentrés et ensilages. Les changements alimentaires peuvent provoquer du stress et une baisse de l'immunité.

4. Si possible isoler les animaux malades.

5. L'hygiène générale des lots.

6. Le climat a aussi un rôle extrêmement important et malheureusement on ne peut pas y faire grand chose... Quoique ! Vous pouvez gérer l'humidité et la température en surveillant la ventilation de vos étables.

Il existe des formules simples pour gérer la ventilation d'une étable qui varient selon le poids de tous les bovins présents dans l'étable. On y revient dans le chapitre suivant.

7. Eviter les lots trop grands qui peuvent provoquer des problèmes hiérarchiques et donc du stress ainsi qu'un contact trop étroit et donc une transmission plus importante et rapide des pathogènes

5. La ventilation de l'étable
Il existe des calculs simples pour estimer la taille et l'emplacement des entrées d'air. Encore une fois, votre vétérinaire peut vous aider à optimiser la ventilation de vos étables

6. Quand appeler le vétérinaire?

- toux importante dans un lot

- perte d'appétit et baisse de l'état général d'un ou de plusieurs animaux d'un même lot

7. Conclusion

On l'a vu, les BPIE ne peuvent se régler en s'attaquant à tous les stress qui peuvent atteindre les animaux. C'est donc un combat de tous les instants et votre vétérinaire est le mieux placé pour lutter avec vous contre ce fléau. N'hésitez pas à en discuter avec lui pour essayer d'améliorer la situation dans votre exploitation.

Pour l' Union Professionnelle Vétérinaire,
Dr. Stéphane Dewaels