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Communiqué de presse UPV

Dernière mise à jour le 24/01/2019

Consultez ici l'article de la RTBF publié suite à notre communiqué: https://www.rtbf.be/info/societe/detail_des-veterinaires-insultes-suite-a-l-euthanasie-d-animaux-errants-on-nous-traite-de-bouchers?id=10125252

 

Nivelles, le 24 janvier 2019

Madame, Monsieur,
 
Concerne : soins aux animaux trouvés blessés sur la voie publique
 
De plus en plus souvent, les médecins vétérinaires se font agresser soit en face à face, soit via les réseaux sociaux, par des particuliers outrés de leur refus de soigner des animaux errants trouvés blessés sur la voie publique, et parce qu’ils choisissent parfois de les euthanasier.
Comme le trafic routier ne fait que progresser, ces situations deviennent intenables. De véritables lynchages médiatiques s’organisent vis-à-vis de collègues irréprochables, mettant leur probité en doute et menaçant leur pratique.
 
Aux détracteurs de notre profession, nous répondons ceci :

  • Nous soignons régulièrement des animaux errants gratuitement, mais les cas similaires deviennent trop fréquents, parallèlement à la progression du trafic routier, et les frais engagés de la sorte deviennent insupportables. Sans compter les nombreux pique-assiettes qui profitent de ces largesses indûment. Les campagnes de stérilisation des chats errants en ont aiguillonné plus d’un.
  • En effet, si certains considèrent que nous avons « la chance » de pratiquer le plus beau métier du monde et qu’à ce titre, nous devrions prester gratis pro Deo, ils oublient trop facilement que notre diplôme est le résultat de 6 ans minimum de sacrifices pour nos familles et d’études difficiles pour nous ; plus de 85% des étudiants tentant d’acquérir ce diplôme n’y parviennent jamais.
  • En outre, les frais d’équipement et de médicaments de nos cabinets vont croissant, suivant en cela les progrès de la médecine humaine, avec un avantage évident pour les docteurs humains : le recours à l’assurance maladie-invalidité et aux mutuelles, ce qui leur garantit des honoraires même pour les soins aux démunis. Et eux ne doivent pas percevoir 21% de TVA sur leurs honoraires.
  • Par contraste, nous nous étonnons de constater la compréhension accordée aux autres professions indépendantes. Jamais il n’a été reproché aux médecins, avocats, comptables, architectes, garagistes, plombiers, boulangers, informaticiens,… de présenter des factures ou notes d’honoraires pour leurs prestations et fournitures, même lorsqu’ils travaillent pour des CPAS.
  • Il serait indécent d’engager pour des animaux errants plusieurs centaines ou milliers d’euros de frais vétérinaires alors que des nécessiteux en sont privés.
  • La décision d’euthanasier un animal n’est jamais prise de gaîté de cœur. Nous avons été formés pour soigner les animaux et non pour les mettre à mort. Mais il arrive, même dans les hôpitaux, que la médecine soit impuissante. L’importance de certaines lésions explique que des vétérinaires choisissent d’abréger les souffrances de certains patients.
  • D’autre part, comment assurer le suivi postopératoire d’animaux sauvages ? Lors des soins, même des animaux bien socialisés se rebiffent. Alors, que dire d’animaux qui ne peuvent supporter le contact de l’homme ? Sans compter que beaucoup d’entre eux étant inabordables, nous risquons notre santé par la manipulation d’animaux porteurs de maladies infectieuses.
  • Enfin, le nouveau Code Wallon pour le Bien-être des Animaux stipule clairement les devoirs des autorités communales dans les articles D11 à D14 concernant les soins aux animaux trouvés blessés sur la voie publique (voir en annexe). Succinctement,

    « Art. D.11. La commune gère les animaux abandonnés, perdus et errants sur son territoire conformément à la pré­sente sous-section. »
    « § 2. Par dérogation au § 1er, l’animal abandonné, perdu ou errant peut être mis à mort sans délai :         

    1° sur décision du Bourgmestre lorsqu’il existe des motifs impérieux et urgents de sécurité publique;

    2° sur décision d’un médecin-vétérinaire qui le juge néces­saire pour des raisons de bien-être. »

    À noter que les services communaux ne sont en général accessibles qu’aux heures de bureau et les jours ouvrables. Il est donc indispensable que les autorités conventionnent un service de garde de vétérinaires praticiens sur leur territoire.
  • Très logiquement, les auteurs de ce Code considèrent qu’il s’agit de services à la collectivité et qu’ils doivent être assumés collectivement. De nombreux Consœurs et Confrères sont heureux de contribuer à la protection des animaux dans ce cadre défini.


En conclusion, nous prions nos concitoyens de bien vouloir considérer que :

  • les soins rendus aux animaux errants doivent être pris en charge par la société et que ce n’est pas à une seule profession d’en assumer la charge
  • la décision d’euthanasie suit toujours un diagnostic et un pronostic de guérison ; c’est au vétérinaire d’analyser les chances de succès d’une intervention en fonction des efforts engagés raisonnablement.



Nous vous remercions pour votre intérêt et vous suggérons de diffuser cette information parmi vos correspondants.
Nous vous prions, Madame, Monsieur, d’accepter nos salutations dévouées,

 

Pour l'UPV,
Docteur Stéfan Degallaix, président.

 

Annexe : articles D 11 à D 14 du Code wallon du bien-être animal

Sous-section 3. Les animaux abandonnés, perdus et errants

 Art. D.11. La commune gère les animaux abandonnés, perdus et errants sur son territoire conformément à la pré­sente sous-section. Elle peut conclure une convention afin de désigner un refuge ou un parc zoologique auquel ces animaux sont directement confiés conformément à l’ar­ticle D.12. Cette désignation est publiée à l’attention de la population.

Le Gouvernement peut déterminer le contenu minimal de la convention visée à l’alinéa 1er et préciser les modalités suivant lesquelles les animaux sont confiés au refuge.

Art. D.12. § 1er. Toute personne qui trouve un animal abandonné, perdu ou errant prévient sans délai la com­mune du lieu où l’animal a été trouvé. La Commune place immédiatement l’animal :

1° dans un refuge, le cas échéant, partie à la convention visée à l’article D.11 ;

2° lorsque l’espèce visée le requiert, dans un parc zoolo­gique.

Par dérogation à l’alinéa 1er, 1°, lorsque le refuge manque de place pour accueillir l’animal dans de bonnes condi­tions pour lui procurer les soins nécessaires, le refuge pro­pose une famille d’accueil qui peut accueillir l’animal visé et lui procurer les soins et un hébergement approprié.

En cas de manque de place au sein des refuges et des familles d’accueil, le Gouvernement peut déterminer un autre lieu d’hébergement selon les modalités et condi­tions qu’il fixe.

§ 2. A l’arrivée d’un animal, lorsque celui-ci est visé par une obligation d’identification et enregistrement, la per­sonne qui en assure l’hébergement conformément au § 1er vérifie si celui-ci est porteur d’une marque d’identification.

Pour les animaux porteurs de marques d’identification, la personne responsable de la prise en charge de l’animal tente de retrouver le responsable de l’animal et l’avertit sans délai lorsque ce dernier est identifié.

§ 3. L’animal est tenu à la disposition de son responsable pendant vingt jours à dater du jour où il a été recueilli. Passé ce délai, le refuge ou le parc zoologique en devient propriétaire.

§ 4. La personne qui a abandonné ou perdu son animal est redevable des frais générés par la prise en charge de celui-ci, qu’il lui soit restitué ou non.

Art. D.13. § 1er. Lorsque l’animal abandonné, perdu ou er­rant recueilli présente des blessures, les soins nécessaires sont pratiqués avant que l’animal ne soit confié en vertu de l’article D.12.

Le Gouvernement détermine la personne en charge des frais inhérents à ces soins.

§ 2. Par dérogation au § 1er, l’animal abandonné, perdu ou errant peut être mis à mort sans délai :

1° sur décision du Bourgmestre lorsqu’il existe des motifs impérieux et urgents de sécurité publique ;

2° sur décision d’un médecin-vétérinaire qui le juge néces­saire pour des raisons de bien-être.

Les données d’identification de l’animal ainsi que les mo­tifs de la mise à mort sont conservés pendant un an par la commune, par la personne qui en assure l’hébergement en vertu de l’article D.12. Les motifs sont communiqués au responsable de l’animal lorsque celui-ci peut être identifié.

Le responsable de l’animal mis à mort pour des raisons visées à l’alinéa 1er est redevable des frais générés par la mise à mort.

Art. D.14. Lorsque l’animal de compagnie fait l’objet d’une obligation d’identification ou d’enregistrement conformé­ment à la sous-section 4, la commune relève l’identifica­tion de l’animal de compagnie trouvé mort sur le domaine public et en informe le responsable de l’animal.