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Pourquoi les vétérinaires français feront la grève ce 6 novembre …

Dernière mise à jour le 30/03/2017

Pourquoi les vétérinaires français feront la grève ce 6 novembre …

 

L’état français veut  découpler  la prescription et la délivrance des médicaments

…faut-il découpler l’eau et les pompiers ?

 

Les vétérinaires en colère manifesteront le 6 novembre prochain à Paris à partir de 11h00. Lors de cette «journée sans vétérinaires», les cabinets et cliniques n’assureront que les seules urgences.

 

En France, une disposition introduite récemment dans le projet de “loi d’avenir de l’agriculture” limite la possibilité pour les vétérinaires de délivrer la totalité des médicaments nécessaires au traitement des animaux.

A noter que les vétérinaires ne tiennent pas des officines ouvertes au public, mais délivrent seulement les médicaments destinés aux animaux confiés à leurs soins, après un examen clinique et un diagnostic préalable.

 

Cette disposition de l’avant-projet de loi est de nature à compromettre la qualité des services rendus aux détenteurs d’animaux et, par conséquent, à mettre gravement en danger le réseau vétérinaire.

Cela se traduira notamment par l’allongement du délai d’intervention lors des urgences, moins de vétérinaires et plus de distance à parcourir, des risques en matière de santé publique et une moindre disponibilité des traitements pour les animaux.

 

  • Nos praticiens doivent souvent agir en urgence, comme les pompiers, et exercent toutes les spécialités. Pas d’hôpitaux, peu de spécialistes, … nos praticiens de première ligne sont aussi bien chirurgiens que dentistes, gynécologues, oto-rhinos, pneumologues, gastro-entérologues … et pour plusieurs espèces d’animaux, du cheval à la vache, en passant par tous les animaux de ferme ou de compagnie.

Leurs patients ont besoin d’une gamme très étendue de médicaments et souvent dans un délai très bref. Une simple trousse de secours ne peut convenir à cet effet et il est fréquemment impossible de trouver sur le champ les produits appropriés. Les appels ont lieu aussi bien lors d’un WE prolongé que lors d’un jour férié.

 

  • La pharmacovigilance n'est opérée en Europe que par les pays où les vétérinaires disposent d’un dépôt : 86% des déclarations réalisées en France, Allemagne, Pays Bas, Grande-Bretagne.

 

  • Aux Pays-Bas, la profession vétérinaire a réduit d’elle-même de 50 % l’usage des antibiotiques en 3 ans grâce à une nouvelle procédure de travail instaurée par la profession elle-même. Le secteur vétérinaire belge étudie les possibilités d’adapter ce schéma dans notre pays afin de lutter contre la résistance aux antibiotiques.

 

  • Partout en Europe, les formalités d’administration de médicaments par les vétérinaires cadenassent strictement leur usage. Les formulaires définis par la loi stipulent même la fourniture des produits déconditionnés, l’identification des animaux à traiter, le nombre de comprimés ou de flacons, leur numéros de lots et les modes de traitement. Aucune autre profession médicale ou paramédicale n’est soumise à un tel contrôle.

 

  • D’ailleurs, les médecins vétérinaires sont soumis à l’autorité d’organes de contrôle très vigilants, comme l’AFMPS en Belgique, l’AFSSA en France et des Ordres Vétérinaires partout en Europe.

 

  • Les éleveurs sont bien trop soucieux de la rentabilité de leurs exploitations pour gaspiller des intrants aussi coûteux que des médicaments.

 

  • Dans les pays où le dépôt de médicaments a été retiré aux vétérinaires, il s’en est suivi un recours explosif aux commandes non contrôlées par Internet et à l’importation non déclarée de produits vétérinaires, ainsi qu’à l’automédication (traitement des animaux par le propriétaire), notamment pour les animaux d’élevage.

En 2011, les douanes aux frontières de l’Europe ont saisi 114.772.812 colis dont les plus nombreux étaient des envois de médicaments illicites, soient 24 % des saisies globales.

Une autre solution empirique y consiste à faire davantage appel à des vétérinaires d’autoroute, parfois étrangers, qui délivrent des médicaments sans examen des animaux. Chacun peut imaginer les risques de telles pratiques pour les consommateurs et les animaux eux-mêmes.

  

Pour les vétérinaires, leurs clients et leurs patients, découpler la prescription de médicaments de leur fourniture reviendrait à découpler l’eau et les pompiers … le sabotage de leur service à la population et à leurs animaux.

 

C’est pourquoi les membres de l’Union Professionnelle Vétérinaire tiennent à manifester leur soutien confraternel à leurs collègues français en envoyant une délégation à Paris ce 6 novembre.

 

Enfin, ils exhortent les autorités de tous les états membres de l’Union Européenne à rester attentives aux intérêts de la santé publique et de la santé et du bien-être des animaux plutôt qu’aux motivations mercantiles d’autres acteurs de terrain.